Ce qui entretient l’anxiété sociale
Évitement dans l’anxiété sociale
L’évitement est l’une des réactions les plus compréhensibles face à l’anxiété sociale. Lorsqu’une situation paraît menaçante, s’en tenir à distance peut apporter un soulagement immédiat.
Annuler un projet, rester silencieux, ne pas répondre à un appel, éviter le contact visuel, partir plus tôt ou refuser une occasion peut rapidement réduire l’anxiété.
Le problème tient à ce qui se passe avec le temps. L’évitement peut apprendre à l’esprit que les situations sociales sont dangereuses et que le soulagement dépend de la fuite. Cela peut renforcer la peur et restreindre progressivement la vie.
Réponse brève
L’évitement réduit l’anxiété à court terme, mais entretient souvent l’anxiété sociale à long terme.
Il agit immédiatement, car la situation redoutée disparaît ou devient moins intense. Cependant, il empêche aussi la personne de découvrir :
- Si l’issue redoutée se produirait réellement
- Si elle pourrait gérer l’inconfort
- Si l’anxiété pourrait être présente sans contrôler son comportement
- Si les erreurs seraient moins graves que prévu
- Si elle pourrait se remettre d’un moment gênant
L’évitement occupe une place centrale dans le
cycle de l’anxiété sociale
.
À quoi ressemble l’évitement
L’évitement peut consister à rester complètement à l’écart d’une situation :
- Annuler des projets
- Ne pas aller à des fêtes, réunions, cours, entretiens ou événements
- Ne pas répondre aux appels ou aux messages
- Éviter les présentations ou la prise de parole en public
- Ne pas avoir de rendez-vous amoureux ni exprimer son intérêt
- Ne pas postuler à des emplois, des formations ou des promotions
- Éviter de manger ou de boire en public
- Ne pas poser de questions ni demander de l’aide
- Éviter les figures d’autorité, les désaccords ou les conflits
Il peut aussi s’agir de rester physiquement présent tout en évitant l’action la plus redoutée :
- Assister à une réunion sans jamais exprimer d’opinion
- Aller à une rencontre, mais ne parler qu’à une personne de confiance
- Avoir un rendez-vous, mais éviter tout sujet personnel
- Suivre un cours sans jamais demander d’aide
- Répondre au téléphone, mais mettre immédiatement fin à la conversation
- Assister à un événement, mais passer la majeure partie du temps à regarder son téléphone
- Aller au travail tout en évitant toute interaction informelle
Cet évitement partiel peut être difficile à reconnaître. De l’extérieur, il ressemble à une participation. Intérieurement, la personne peut toujours chercher à disparaître, à fuir ou à éviter une véritable exposition sociale.
Évitement manifeste et discret
L’évitement se situe sur un continuum. Il ne suppose pas nécessairement de refuser ou de fuir toute une situation.
| Situation | Évitement plus manifeste | Évitement plus discret |
|---|---|---|
| Événement social | Ne pas y aller | Y aller, mais rester en retrait, utiliser son téléphone ou ne parler qu’à une seule personne |
| Réunion | Se déclarer malade ou refuser la réunion | Y assister sans jamais poser de question ni donner son avis |
| Rendez-vous amoureux | Éviter complètement les rendez-vous | Avoir des rendez-vous tout en évitant la vulnérabilité, les besoins ou l’intérêt amoureux |
| Appel téléphonique | Ne pas répondre ni rappeler | Écourter anormalement l’appel ou lire un texte préparé |
| Études | Ne pas aller en cours | Y assister, mais éviter de participer, de travailler en groupe ou de demander de l’aide |
| Travail | Ne pas postuler à un poste | Choisir des tâches moins visibles, rester silencieux ou éviter les contacts informels |
| Expression de soi | Éviter la conversation | Participer tout en dissimulant ses opinions, ses préférences, ses désaccords ou ses émotions |
L’évitement discret est important, car la personne peut croire qu’elle affronte déjà sa peur tout en continuant d’éviter la partie qui lui apporterait les informations nouvelles les plus utiles.
Pourquoi l’évitement paraît si puissant
L’évitement est puissant parce qu’il agit rapidement :
- Annuler la réunion réduit l’anxiété anticipatoire.
- Ne pas répondre au téléphone supprime l’inconfort immédiat.
- Éviter le contact visuel peut réduire le sentiment d’être exposé.
- Partir plus tôt permet au corps de se calmer.
- Rester silencieux supprime le risque de dire quelque chose de travers.
Le soulagement renforce le comportement. L’esprit apprend : « Éviter m’a aidé. »
Menace
Une situation sociale paraît dangereuse.
Évitement
La personne fuit, se retire, reporte ou évite l’action redoutée.
Soulagement
L’anxiété diminue, parfois très rapidement.
Apprentissage
L’esprit conclut que l’évitement a empêché le danger.
Peur future
L’évitement paraît encore plus nécessaire la fois suivante.
Cela ne se produit pas parce que la personne est paresseuse ou manque de volonté. Son système nerveux a appris que la fuite réduit le danger perçu.
Comment l’évitement entretient l’anxiété sociale
Il empêche de vérifier les prédictions
Si une personne ne parle jamais, ne participe pas, ne demande rien, ne postule pas, n’exprime aucun désaccord ou ne se laisse pas voir, son esprit peut continuer à croire :
- « Cela se serait mal passé. »
- « Je n’aurais pas réussi à faire face. »
- « Les autres m’auraient mis à l’écart. »
- « J’ai évité une catastrophe. »
L’évitement supprime la possibilité de découvrir si ces prédictions sont exactes, exagérées ou plus faciles à gérer que prévu.
Il réduit la pratique et la familiarité
Moins une personne entre dans ces situations, moins elle peut se sentir familiarisée et entraînée. Cette perte de familiarité peut alors être interprétée comme la preuve qu’elle est socialement incapable.
Cela peut créer un cercle qui se renforce lui-même :
Il peut s’étendre avec le temps
L’évitement peut commencer dans un domaine, puis influencer des choix plus importants.
Une personne évite d’abord les présentations, puis les réunions, ensuite les formations ou les postes qui demandent de parler, et finit par renoncer à des possibilités professionnelles. Une autre évite les rendez-vous amoureux, puis les événements sociaux où elle pourrait rencontrer quelqu’un, et se retire progressivement des relations en général.
L’évitement peut affecter :
- Les amitiés et les relations amoureuses
- Les études et l’évolution professionnelle
- Les relations familiales
- Les rendez-vous médicaux et les démarches quotidiennes
- La créativité et l’expression de soi
- L’affirmation de soi et les conflits
- La possibilité de se laisser connaître par les autres
L’évitement peut devenir plus qu’un symptôme. Il peut commencer à organiser la vie de la personne.
Évitement et comportements de sécurité
L’évitement et les
comportements de sécurité
sont étroitement liés, mais ne sont pas identiques.
-
Évitement
consiste à rester à l’écart de la situation, de l’action, du sujet ou du degré d’exposition redouté. -
Les comportements de sécurité
consistent à entrer dans la situation tout en utilisant des stratégies destinées à empêcher l’issue redoutée.
| Situation | Évitement | Comportement de sécurité |
|---|---|---|
| Événement social | Ne pas y aller | Y aller uniquement avec une personne de confiance, rester silencieux ou partir plus tôt |
| Présentation | La refuser ou y échapper | Lire chaque mot, éviter de regarder le public et parler trop vite |
| Conversation | Ne pas l’engager | Répéter chaque phrase ou ne poser que des questions sans risque |
| Symptômes visibles | Éviter les situations où les symptômes pourraient apparaître | Cacher les rougeurs, la transpiration ou les tremblements |
| Désaccord | Éviter la conversation | Acquiescer, s’excuser ou atténuer le message jusqu’à ce que le véritable avis disparaisse |
Les deux peuvent entretenir l’anxiété s’ils empêchent de vérifier la prédiction redoutée. Une personne peut participer physiquement tout en continuant à éviter sur le plan psychologique.
Évitement émotionnel et interpersonnel
Les personnes n’évitent pas seulement des lieux ou des activités. Elles peuvent aussi organiser leur comportement autour de l’évitement de certaines émotions et de certains risques interpersonnels.
Une personne peut chercher à éviter :
- La honte ou la gêne
- L’incertitude ou la maladresse
- L’anxiété visible
- Le rejet ou la déception
- Le désaccord et le conflit
- La proximité et la vulnérabilité
- Être au centre de l’attention
- Avoir besoin d’aide
- Être vu avec ses imperfections
Une personne peut sembler socialement présente tout en évitant tout ce qui présente un risque émotionnel. Elle garde les conversations superficielles, cache ses opinions, ne demande jamais d’aide, évite de dire non ou dissimule son intérêt amoureux.
L’évitement avant, pendant et après une situation
Avant une situation, l’évitement peut prendre la forme de reports, d’absence de réponse, d’un prétexte d’occupation, d’une planification excessive ou de la recherche de raisons pour ne pas y aller.
Pendant la situation, la personne peut rester silencieuse, cacher ses symptômes, éviter les sujets personnels, rester près d’une sortie, utiliser son téléphone ou partir plus tôt.
Après, elle peut éviter les messages de suivi, prendre ses distances ou décider de ne plus revoir quelqu’un parce que l’interaction lui a paru inconfortable.
Une douloureuse
rumination mentale après l’événement
peut rendre l’évitement futur plus probable.
Quand l’évitement ressemble à une préférence
L’évitement peut parfois se déguiser en préférence :
- « Je n’aime tout simplement pas les fêtes. »
- « Je n’aime pas parler au téléphone. »
- « Les rendez-vous amoureux ne m’intéressent pas. »
- « Je préfère les emplois où je n’ai pas à parler. »
- « Je n’ai pas besoin d’amis. »
- « Je suis simplement très indépendant. »
Ces affirmations sont parfois tout à fait vraies. Les personnes diffèrent dans leurs préférences sociales, leurs valeurs, leur énergie et les relations qu’elles souhaitent. Une vie calme ou privée n’est pas en soi une forme d’évitement.
Le but n’est pas de vous forcer à mener une vie sociale dont vous ne voulez pas. Il s’agit de reconnaître si une préférence guide votre choix ou si la peur a discrètement supprimé les autres possibilités.
Évitement et identité
L’évitement répété peut aussi modifier la manière dont une personne se perçoit.
« J’ai évité cela parce que j’étais anxieux » peut progressivement devenir « Je ne suis pas le genre de personne qui parle, a des rendez-vous, voyage, dirige, se produit, exprime son désaccord ou se fait des amis. »
Une autre perspective plus souple n’est pas « Je ne dois plus avoir peur », mais « Je peux peut-être m’en approcher progressivement et découvrir ce qui devient possible. »
Quand l’évitement peut être protecteur
L’évitement ne doit pas être considéré automatiquement comme irrationnel ou néfaste. Certaines situations sont réellement dangereuses, discriminatoires, hostiles, abusives ou émotionnellement coûteuses.
Une personne peut avoir appris à éviter un environnement parce qu’elle y a réellement subi de l’intimidation, du harcèlement, de l’exclusion, des sanctions ou une mise en danger.
Le courage ne demande pas d’ignorer un danger réel ni de retourner sans cesse dans des environnements nuisibles. Le but est de réduire les restrictions inutiles tout en respectant la sécurité, le contexte, l’identité, la santé et les limites personnelles.
Comment l’évitement évolue
L’évitement évolue généralement grâce à une approche progressive et porteuse de sens qui permet de nouveaux apprentissages.
Cela ne signifie pas vous forcer à entrer dans la situation la plus accablante. Il s’agit de choisir des actions précises qui comptent et de les aborder de manière planifiée.
Commencez par une action concrète
« Arrêtez d’éviter les gens » est trop général. Une étape plus utile pourrait être :
- Envoyer un message
- Poser une petite question
- Passer un appel téléphonique
- Rester cinq minutes de plus
- Exprimer une opinion
- Assister à un événement pendant une durée prévue
- Demander de l’aide dans un magasin
- Exprimer sincèrement une préférence
- Permettre à quelqu’un de connaître un détail personnel
L’étape doit être suffisamment importante pour permettre un apprentissage, mais assez gérable pour pouvoir être répétée.
Précisez la prédiction
Demandez-vous ce que vous prévoyez :
- « Ils me trouveront maladroit. »
- « Je vais rester paralysé. »
- « Ils remarqueront mon anxiété. »
- « Ils me rejetteront. »
- « Je ne pourrai pas faire face. »
Une prédiction précise donne à l’expérience quelque chose de pertinent à vérifier.
Repérez l’évitement partiel et les comportements de sécurité
Réfléchissez à ce que vous pourriez faire pour réduire l’exposition : rester silencieux, cacher vos symptômes, répéter excessivement, consulter votre téléphone, partir plus tôt ou rester près d’une personne rassurante.
Vous n’avez pas à supprimer tous les comportements protecteurs en même temps. En réduire un seul peut permettre un apprentissage plus utile que de tenter une grande étape tout en restant entièrement protégé.
S’approcher n’est pas une épreuve de performance
Le but n’est pas de prouver que vous pouvez paraître calme, impressionnant, intéressant ou irréprochable sur le plan social.
S’approcher peut impliquer d’accepter des silences, des formulations imparfaites, de l’incertitude, une anxiété visible ou la possibilité que tout le monde ne réagisse pas positivement.
Examinez ce que vous avez appris
Après, demandez-vous :
- Qu’avais-je prévu ?
- Que s’est-il réellement passé ?
- Qu’ai-je fait pour me protéger ?
- Que s’est-il passé lorsque j’ai réduit une protection ?
- Qu’est-ce qui a été difficile, mais gérable ?
- Que pourrais-je essayer la prochaine fois ?
Le but n’est pas de prouver que le rejet ou la gêne ne se produisent jamais. Il s’agit de développer une perception plus réaliste de ce qui est probable, de ce qui est tolérable et de ce que vous pouvez gérer.
Une approche guidée par les valeurs
Il peut être plus facile de remettre l’évitement en question lorsque l’action est liée à quelque chose d’important : l’amitié, l’apprentissage, le travail, l’honnêteté, la liberté, l’amour, la contribution, la créativité ou le respect de soi.
Une approche guidée par les valeurs peut se formuler ainsi :
- « Je vais poser la question parce qu’apprendre compte. »
- « Je vais y aller parce que l’amitié compte. »
- « Je vais postuler parce que progresser compte. »
- « Je vais dire non parce que le respect de moi-même compte. »
- « Je vais prendre contact parce que le lien compte. »
Elle ne dit pas : « Je ne devrais pas ressentir d’anxiété. » Elle dit : « Cela compte assez pour que j’accepte d’emporter un peu d’anxiété avec moi. »
Que faire si l’évitement revient ?
L’évitement augmente souvent en période de stress, de dépression, d’épuisement, de changements de vie importants, de rejet ou après une expérience embarrassante. Cela n’efface pas les progrès accomplis.
L’ancien système de protection s’est réactivé. Une réponse utile consiste à faire preuve de curiosité plutôt qu’à vous attaquer :
- Qu’est-ce qui a déclenché le retrait ?
- Qu’est-ce que je prévois maintenant ?
- Quel sentiment ou quelle issue est-ce que j’essaie d’éviter ?
- Quels comportements de sécurité sont revenus ?
- Quelle serait une étape d’approche gérable ?
Progresser ne signifie pas que l’évitement disparaît définitivement. Cela peut vouloir dire repérer le schéma plus tôt et revenir plus doucement vers une action importante.
Points clés
- L’évitement réduit immédiatement l’anxiété, mais l’entretient souvent avec le temps.
- Il peut consister à fuir toute une situation ou seulement ses aspects les plus importants.
- Le soulagement renforce l’évitement et augmente la probabilité qu’il se reproduise.
- L’évitement empêche de vérifier les prédictions anxieuses et peut réduire la pratique et la confiance.
- Les comportements de sécurité permettent une participation partielle tout en limitant l’apprentissage.
- L’évitement peut concerner les émotions, la vulnérabilité, les besoins, les désaccords et le fait de se laisser connaître, pas seulement des lieux et des activités.
- Toute décision d’éviter n’est pas néfaste ; la sécurité réelle et le contexte comptent.
- Le changement passe généralement par une approche progressive et porteuse de sens, avec moins de protection.
- Le but n’est ni l’absence de peur ni l’extraversion. Il s’agit d’avoir davantage de liberté pour choisir.
Pour aller plus loin
Ces pages expliquent comment l’évitement s’inscrit dans le fonctionnement plus large de l’anxiété sociale et comment de nouveaux apprentissages peuvent se développer.
Le cycle de l’anxiété sociale
Découvrez comment l’évitement, le soulagement, l’attention centrée sur soi, les comportements de sécurité et la rumination mentale se renforcent mutuellement.
Comportements de sécurité dans l’anxiété sociale
Comprenez comment les stratégies de protection peuvent entretenir la peur même lorsqu’une personne continue à entrer dans des situations sociales.
Thérapie d’exposition pour l’anxiété sociale
Comprenez comment une approche planifiée peut permettre de nouveaux apprentissages sans exiger que la peur disparaisse immédiatement.
Expériences comportementales pour l’anxiété sociale
Apprenez à transformer les prédictions anxieuses en questions concrètes qui peuvent être vérifiées.
Traitement de l’anxiété sociale
Comparez les approches fondées sur les données disponibles pour réduire les restrictions liées à la peur et augmenter la participation.
Références
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Social anxiety disorder: Recognition, assessment and treatment
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Consulter les recommandations
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National Institute of Mental Health. (n.d.).
Social anxiety disorder: What you need to know
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Consulter la ressource
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