Réseaux sociaux et anxiété sociale
Les réseaux sociaux peuvent rendre les liens plus accessibles aux personnes qui vivent avec une anxiété sociale. Ils peuvent aussi créer de nouvelles occasions de se comparer, de surveiller les réactions, de trop réfléchir, d’éviter certaines situations et de craindre d’être jugé publiquement.
Les effets ne sont pas les mêmes pour tout le monde ni pour toutes les formes d’utilisation. Une question plus utile que « Les réseaux sociaux sont-ils bons ou mauvais ? » est : « Que se passe-t-il lorsque je les utilise de cette manière et dans ce contexte, et quel rôle jouent-ils dans ma vie ? »
Réponse en bref
Les réseaux sociaux peuvent aider une personne à rester en contact, à trouver des communautés, à exprimer son identité, à entretenir des amitiés ou à communiquer avec moins de pression immédiate. Les relations en ligne peuvent être significatives, notamment lorsque l’éloignement géographique, le handicap, la discrimination, la maladie ou le manque d’occasions locales rendent les liens en personne difficiles.
Ils peuvent aussi entretenir l’anxiété sociale lorsque l’utilisation est dominée par les préoccupations liées à la présentation de soi, la comparaison, les vérifications répétées, la recherche de réassurance, les retouches constantes des messages, l’évitement de la visibilité, la rumination mentale ou l’utilisation des échanges en ligne pour échapper à toute forme de communication en temps réel qui compte pour la personne.
Le temps passé en ligne ne suffit pas à expliquer l’ensemble des effets. Le contenu, la conception de la plateforme, le but de l’utilisation, le sommeil, l’état de santé mentale préalable, l’âge, l’identité, les expériences en ligne et ce que les réseaux sociaux remplacent ou rendent possible comptent également. Une grande partie de la recherche est observationnelle : une association ne doit donc pas être confondue avec une preuve de causalité.
Comment l’anxiété sociale peut se manifester en ligne
Les interactions en ligne modifient la forme de l’évaluation sociale, mais ne la suppriment pas. Les publications peuvent être comptabilisées, enregistrées, transférées, commentées, ignorées ou vues par un public incertain. La messagerie laisse davantage de temps pour répondre, mais aussi davantage de temps pour analyser.
Anxiété liée aux publications
Vous pouvez modifier à plusieurs reprises une photo, une légende, une opinion ou un profil, imaginer des interprétations négatives, supprimer quelque chose après l’avoir publié ou éviter de partager tout élément qui révèle quelque chose de vous.
Mentions « J’aime », vues et réponses
Les indicateurs visibles peuvent devenir un test permanent d’acceptation. Les vérifications répétées peuvent apporter un bref soulagement tout en rendant votre humeur de plus en plus dépendante de réactions ambiguës.
Messages
Le choix des mots, le moment de l’envoi, la ponctuation, les accusés de lecture et les réponses brèves peuvent être examinés à la recherche de signes de rejet. Attendre la réponse parfaite peut provoquer des retards qui deviennent une nouvelle source d’anxiété.
Conversations de groupe
Dans un groupe très actif, il peut être difficile de trouver le bon moment et le bon ton. Vous pouvez rester silencieux, écrire puis effacer plusieurs fois vos messages, ou supposer que l’absence de réponse signifie que le groupe ne vous apprécie pas.
Photos et identifications
Être photographié, identifié ou montré sans pouvoir le contrôler peut susciter des préoccupations concernant votre apparence, les signes visibles d’anxiété, votre vie privée ou la manière dont les autres interpréteront la situation.
Voix et vidéo
Les stories, les diffusions en direct, les appels vidéo, les conversations vocales dans les jeux et les messages audio ajoutent une visibilité en temps réel. L’évitement peut se concentrer sur votre voix, votre visage, votre accent, vos erreurs ou la crainte de ne pas savoir quoi dire.
Visibilité professionnelle
Publier son travail, maintenir un profil, développer son réseau ou répondre publiquement peut donner l’impression inconfortable de se mettre en avant et exposer ses performances à des réactions mesurables.
Rencontres amoureuses
Les profils, les mises en relation, le délai de réponse et le passage des messages à une rencontre en personne peuvent intensifier les préoccupations liées à la présentation de soi et au rejet.
Aucun de ces comportements ne prouve à lui seul la présence d’un trouble. Les préférences en matière de vie privée, les risques professionnels, les normes culturelles, les expériences passées de harcèlement et le public réel comptent aussi. Éviter une publication contenant des informations sensibles peut être judicieux ; être incapable d’envoyer un message ordinaire parce que tout jugement possible semble catastrophique correspond à un schéma différent.
Lien, accès et évitement
Les réseaux sociaux font partie de la vie sociale réelle. Ils peuvent soutenir les amitiés à distance, l’entraide, l’exploration de l’identité, les communautés professionnelles, les loisirs, le militantisme et l’accès à des personnes qui partagent des expériences peu communes. Pour certaines personnes en situation de handicap, atteintes d’une maladie chronique, isolées géographiquement, LGBTQ+, neurodivergentes ou autrement marginalisées, les liens en ligne peuvent offrir un accès et une sécurité qui ne sont pas facilement disponibles hors ligne.
Il est donc trompeur de considérer par définition qu’une amitié en ligne est inférieure. Dans le même temps, un format moins exigeant peut devenir un moyen d’éviter toute forme d’interaction qui comporte des réponses spontanées, une présence physique, la voix ou de l’incertitude.
Les questions suivantes peuvent aider à clarifier le rôle de la vie en ligne :
- Cette utilisation me laisse-t-elle davantage en lien, informé ou soutenu, ou au contraire plus tendu et seul ?
- Est-ce que je choisis ce format parce qu’il correspond à mes besoins, ou parce que la peur a rendu d’autres options importantes apparemment inaccessibles ?
- Les échanges en ligne m’aident-ils à organiser ou à entretenir des relations qui comptent pour moi ?
- Quelle activité, quelle période de sommeil, quel travail, quelles études ou quel contact direct cette utilisation remplace-t-elle ?
- Puis-je m’arrêter lorsque je le souhaite, ou est-ce que j’y retourne automatiquement même si je me sens moins bien ?
- Les communautés que je fréquente sont-elles respectueuses, fiables et suffisamment sûres ?
Comparaison, réactions et rumination mentale
Comparaison sociale
Les fils d’actualité présentent des moments sélectionnés, et non des vies complètes. Pourtant, le savoir intellectuellement n’empêche pas nécessairement la comparaison. Une personne peut comparer son apparence, ses relations, ses voyages, sa carrière, sa confiance en elle, sa popularité ou le degré de lien social que les autres semblent avoir.
L’effet dépend de ce qui est regardé et de la manière dont cela est interprété. Certains contenus inspirent, informent ou créent un sentiment d’appartenance ; d’autres suscitent de l’envie, de la honte, la peur de manquer quelque chose ou une pression à mettre en scène une identité. La recherche suggère que la comparaison sociale, et pas seulement la consultation passive, pourrait être particulièrement liée à un moins bon bien-être.
Surveillance des réactions
Les mentions « J’aime », les vues, les abonnements et les délais de réponse transforment des réactions sociales incertaines en chiffres. Ces mesures sont incomplètes : les algorithmes de la plateforme, le moment de publication, la taille du public, le format du contenu et les habitudes des utilisateurs les influencent. L’anxiété peut néanmoins interpréter un chiffre faible comme une note objective de valeur personnelle.
Attention centrée sur soi
Regarder à plusieurs reprises votre propre image, profil, message ou vidéo peut intensifier l’attention centrée sur soi. Vous pouvez commencer à vous percevoir comme un objet à gérer plutôt que comme une personne qui communique quelque chose.
Traitement post-événement
Après avoir publié ou envoyé un message, une personne peut repasser mentalement les mots employés, vérifier qui a réagi, imaginer des captures d’écran ou demander aux autres ce qu’une réponse signifiait. Cette rumination mentale peut sembler être une analyse responsable tout en renforçant l’incertitude et la honte.
Usage compulsif, surcharge émotionnelle et sommeil
Le « doomscrolling » est un terme informel qui désigne le fait de consulter de manière répétée des contenus éprouvants malgré une aggravation du mal-être. Les actualités, les conflits, l’indignation, les contenus centrés sur l’apparence, les contenus relatifs à la santé mentale et les publications recommandées par des algorithmes peuvent entretenir une activation émotionnelle prolongée.
Certaines personnes font défiler les contenus pour repousser une tâche anxiogène, atténuer la solitude, éviter le silence ou récupérer après un contact social. Cela ne signifie pas que la plateforme a causé la détresse initiale. Ce mode d’adaptation peut néanmoins perturber le sommeil, la concentration, l’activité physique, les responsabilités ou d’autres façons de réguler les émotions.
Parmi les signes possibles d’un usage problématique figurent les tentatives répétées et infructueuses de s’arrêter, les vérifications automatiques, une perturbation importante du sommeil, la négligence des responsabilités, la détresse lorsque l’accès à la plateforme est impossible ou la poursuite de l’utilisation malgré des conséquences clairement négatives. L’« usage problématique des réseaux sociaux » est un concept de recherche, et non un diagnostic autonome d’anxiété sociale, et ses définitions varient.
Le sommeil mérite une attention particulière. Une utilisation tardive peut retarder le coucher, exposer la personne à des contenus émotionnellement stimulants et permettre aux notifications d’interrompre le repos. Un mauvais sommeil peut ensuite intensifier l’anxiété, la réactivité émotionnelle et les difficultés de concentration le lendemain.
Cyberharcèlement, harcèlement et préjudices réels en ligne
Toute crainte d’être jugé en ligne n’est pas déformée. Des personnes peuvent être moquées, exclues, usurpées, menacées, suivies de manière intrusive, harcelées sexuellement, victimes de divulgation malveillante de données personnelles, soumises à un chantage ou voir des contenus privés diffusés sans leur consentement. La cybervictimisation est associée à une moins bonne santé mentale, en particulier chez les jeunes, même si le risque comme l’impact varient.
La visibilité offerte par les plateformes, la persistance des contenus, l’anonymat, le partage rapide et l’accès à toute heure peuvent rendre les préjudices en ligne difficiles à fuir. La réponse appropriée n’est pas une exposition supplémentaire aux abus.
Évitez de riposter d’une manière qui pourrait accroître le danger. Si des contenus intimes sont concernés, ne les transférez pas de manière répétée lorsque vous cherchez de l’aide. Les jeunes devraient faire appel à un adulte de confiance. Les adultes qui soutiennent un jeune doivent prendre son signalement au sérieux, expliquer quelles informations pourraient devoir être partagées et suivre les procédures de protection applicables.
Si vous êtes pris pour cible, les abus ne prouvent pas que le contenu était honteux ni que vous avez causé le préjudice. Un soutien centré sur l’anxiété peut aider à gérer les conséquences, mais il ne remplace ni la responsabilité de l’auteur ni les mesures concrètes de protection.
Que dit la recherche ?
La recherche sur les réseaux sociaux et la santé mentale est complexe. Les plateformes, leurs fonctionnalités, les normes sociales et les populations d’utilisateurs évoluent rapidement. Les études mesurent également des réalités très différentes sous la catégorie générale d’« usage des réseaux sociaux », notamment la durée, la fréquence, la publication, la communication, la consultation, la comparaison, l’usage problématique et certaines expériences positives ou négatives.
Les synthèses de recherches menées auprès d’adolescents décrivent souvent les associations moyennes entre l’usage général des réseaux sociaux et la santé mentale comme faibles ou irrégulières. Cela ne signifie pas qu’il n’existe aucun effet. Les résultats moyens peuvent masquer des différences importantes entre les personnes, les types de contenus et les modes d’utilisation.
L’usage problématique, les expériences négatives et la comparaison sociale présentent des associations plus constantes avec une moins bonne santé mentale que le temps seul. La communication, les expériences positives et le soutien perçu en ligne peuvent être associés à des bénéfices. Toutefois, une grande partie des données est corrélationnelle : l’anxiété ou la solitude peuvent modifier la manière dont une personne utilise les réseaux sociaux, les expériences sur ces réseaux peuvent influencer les symptômes, et ces deux aspects peuvent dépendre d’autres facteurs.
La distinction courante entre usage « actif » et « passif » ne constitue pas une règle clinique fiable. Un usage actif peut comprendre une conversation de soutien ou des publications et vérifications motivées par l’anxiété. Un usage passif peut comporter des comparaisons nuisibles, mais aussi des informations utiles ou de la détente. Le contenu, la motivation, les relations et la réaction de la personne comptent tous.
Qu’est-ce qui peut aider ?
Visez une utilisation intentionnelle plutôt qu’une relation moralement « parfaite » avec la technologie. Choisissez le schéma que vous souhaitez modifier en fonction de sa fonction et de ses conséquences.
1. Observez un schéma
Pendant plusieurs jours, observez le déclencheur, l’action, le bénéfice immédiat et l’effet ultérieur. Par exemple : « Je vérifie le nombre de vues lorsque je me sens incertain ; cela me rassure brièvement ; ensuite, je vérifie davantage et je n’arrive plus à me concentrer. »
2. Définissez ce que vous attendez de la plateforme
Votre objectif peut être d’entretenir des amitiés, de trouver une communauté, de partager un travail créatif, de suivre certaines actualités ou de vous divertir. Cela offre un repère autre qu’un engagement sans fin.
3. Modifiez un signal ou un comportement de sécurité
Désactivez les notifications non essentielles, éloignez l’application de votre écran d’accueil, prévoyez un moment pour vérifier, envoyez un message après une relecture suffisante, cessez de suivre un indicateur ou laissez une publication visible sans inspecter les réactions à plusieurs reprises.
4. Sélectionnez délibérément vos contenus
Désabonnez-vous, mettez en sourdine, filtrez ou quittez les contenus et les communautés qui nuisent régulièrement à votre bien-être. Ajoutez des sources qui soutiennent des centres d’intérêt authentiques, des informations fiables, une diversité de corps et de modes de vie, des activités locales ou des liens réciproques.
5. Protégez votre sommeil et votre attention
Créez des périodes sans appareil adaptées à votre vie, notamment autour du sommeil, des études, du travail, des repas ou des moments importants avec les autres. Utilisez les réglages de la plateforme ou de l’appareil s’ils vous aident à interrompre une utilisation automatique.
6. Évaluez le résultat
Le changement a-t-il amélioré vos liens, votre concentration, votre sommeil, votre humeur ou votre liberté ? A-t-il augmenté l’isolement de manière inattendue ou déplacé les vérifications vers une autre plateforme ou un autre comportement ? Adaptez votre approche à ce que vous observez plutôt que d’appliquer indéfiniment une seule règle.
S’exercer à être visible en ligne
Si la peur vous empêche de participer à quelque chose qui compte pour vous, une expérience comportementale progressive peut consister à envoyer un bref message sans le modifier à répétition, à commenter un sujet familier, à rejoindre brièvement une conversation vocale ou à partager un travail avec un public approprié. Identifiez la prédiction redoutée et réduisez un comportement de sécurité. L’objectif est d’apprendre, et non d’accumuler des réactions positives.
Publier publiquement n’est pas nécessaire pour progresser. La confidentialité, le partage limité, l’usage d’un pseudonyme et le choix de ne pas participer peuvent être des préférences légitimes. L’exercice doit cibler les restrictions qui entrent en conflit avec vos objectifs, et non vous imposer une visibilité maximale.
Quand demander une aide professionnelle
Envisagez de demander de l’aide si l’anxiété en ligne ou l’utilisation des réseaux sociaux :
- Provoque une détresse importante, de la honte, des crises de panique ou une rumination mentale persistante.
- Perturbe fortement le sommeil, les études, le travail, les soins personnels ou les relations.
- Semble difficile à contrôler malgré des tentatives répétées de changement.
- Remplace des formes de communication ou de participation que vous souhaitez réellement.
- Est associé à une dépression, des comportements d’automutilation, des difficultés alimentaires, une consommation de substances ou une solitude intense.
- Implique du cyberharcèlement, une traque, une exploitation, un chantage, des menaces ou une exposition traumatique.
Un professionnel de santé mentale peut aider à distinguer l’anxiété sociale, les stratégies d’adaptation compulsives, les troubles du sommeil, la dépression, le traumatisme, les préoccupations liées à l’image corporelle et d’autres facteurs pertinents. Si le schéma plus large répond aux critères du trouble d’anxiété sociale, un traitement éclairé par les données probantes peut agir sur la peur du jugement, l’évitement, l’attention centrée sur soi, les comportements de sécurité et la rumination mentale. Consultez la page sur le traitement de l’anxiété sociale.
Si vous êtes en danger immédiat, si vous subissez des menaces ou une exploitation, ou si vous ne vous sentez pas capable d’assurer votre sécurité, faites appel aux services locaux appropriés d’urgence, de protection ou de crise. Consultez Aide en situation de crise pour obtenir des conseils.
Points clés
- Les réseaux sociaux peuvent favoriser les liens et l’accès, tout en intensifiant la comparaison, les vérifications, l’auto-surveillance et la peur du jugement.
- Le temps passé en ligne n’est qu’un élément du tableau ; le contenu, la fonction, le contexte, le contrôle, le sommeil et ce que l’utilisation remplace ou rend possible comptent aussi.
- La recherche ne confirme ni les affirmations causales simples ni une règle universelle selon laquelle l’usage actif serait bon et l’usage passif mauvais.
- Les amitiés et les communautés en ligne peuvent être significatives et ne doivent pas être automatiquement considérées comme de l’évitement.
- Le cyberharcèlement, le harcèlement, la traque et l’exploitation sont des préjudices réels qui exigent des mesures de sécurité, et non l’assurance que la peur est irrationnelle.
- Un changement utile commence souvent par un schéma observable et un petit ajustement dont les effets peuvent être évalués.
- L’objectif est d’avoir davantage de choix et d’intentionnalité, et non de publier par obligation, de tout supprimer ou d’atteindre un chiffre parfait de temps d’écran.
Pour aller plus loin
Comprenez la peur centrale qui peut se cacher derrière les publications, les messages et la surveillance des réactions des autres.
Découvrez pourquoi surveiller votre apparence et vos performances peut intensifier l’anxiété.
Repérez l’analyse répétée des publications, des messages, des réactions et des erreurs perçues.
Explorez la prise d’initiative, les messages, la réciprocité, la dynamique de groupe et la construction de liens proches.
Comprenez pourquoi le nombre de contacts et d’abonnés ne crée pas nécessairement un sentiment réel de lien.
Références
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