Thérapie métacognitive pour le trouble d’anxiété sociale

“Essaie de te poser cette tâche : ne pas penser à un ours polaire, et tu verras cette chose maudite te venir à l’esprit à chaque minute.”

Fyodor Dostoevsky, Notes d’hiver sur des impressions d’été, 1863

En prévision d’une situation sociale redoutée, de nombreuses personnes souffrant de trouble d’anxiété sociale (TAS) éprouvent une certaine forme de pensée négative.

“Et s’ils remarquent mon anxiété ?”

“Et s’ils me rejettent ?”

“Je ne peux pas faire cette présentation, je suis trop nerveux.”

“Les gens vont se moquer de moi si je fais une erreur”.

Traditionnellement, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) soutient que des pensées négatives comme celles-ci sont la raison pour laquelle les gens développent des problèmes psychologiques, comme les troubles anxieux et la dépression (par exemple, Beck, 1976 ; Ellis & Harper, 1961).

Cependant, lorsqu’on y réfléchit de manière critique, on se rend compte que la plupart des gens connaissent des pensées négatives de ce genre, mais que nous ne sommes pas tous touchés par des problèmes de santé mentale.

Alors, qu’est-ce qui détermine si ces pensées mènent ou non à un trouble psychologique, comme la phobie sociale ?

La thérapie métacognitive propose une nouvelle perspective.

Ce n’est pas ce que les gens pensent, mais comment ils pensent

Adrian Wells (2009), professeur de psychopathologie clinique et expérimentale à l’Université de Manchester, affirme que ce qui régit les expériences émotionnelles des gens et leur capacité à les contrôler n’est pas ce qu‘ils pensent, mais comment ils pensent.

Il a inventé le terme métacognition, qui fait référence aux croyances sur la pensée.

Par exemple, tu peux avoir la croyance qu’il est utile de s’inquiéter de futures situations sociales, car cela peut te préparer à toutes les choses qui pourraient éventuellement mal tourner.

Dans ce cas, selon Wells, il ne s’agit pas tant du contenu spécifique de tes pensées (par exemple, “Et s’ils me rejettent ?“), mais plutôt du processus dans lequel tes pensées sont engagées : la préoccupation.

Voyons comment ces deux points de vue différents sont traités en thérapie.

What regulates people’s emotional experiences and their ability to control them is not what they think, but how they think.

TCC traditionnelle vs Thérapie Métacognitive

Comme mentionné ci-dessus, la TCC traditionnelle affirme que les pensées liées au danger conduisent à l’anxiété et peuvent éventuellement provoquer un trouble (Beck, 1976).

Sur la base de cette idée, le thérapeute et le patient font équipe pour explorer le contenu spécifique des pensées du patient.

“Je suis sûr qu’ils vont me rejeter.”

“Je ne suis pas digne d’être aimé et accepté.”

Une fois identifiées, ces pensées sont traitées comme des hypothèses faillibles et font l’objet d’un examen critique quant à leur exactitude et leur utilité.

La théorie métacognitive, en revanche, affirme que ces pensées négatives ne sont pas à l’origine des troubles anxieux (Wells, 1995).

Elle souligne plutôt le rôle crucial des métacognitions (idées sur la pensée) dans le développement des troubles mentaux, comme la phobie sociale (Wells, 2009).

Selon cette théorie, les métacognitions inexactes ont tendance à conduire à des styles de pensée inadaptés, et ceux-ci sont la raison sous-jacente des réponses émotionnelles disproportionnées, comme celles que l’on trouve chez les personnes souffrant d’anxiété sociale.

Metacognitions lead to maladaptive thinking styles, which he sees as the actual causes of psychological problems such as social anxiety.

Par conséquent, la thérapie métacognitive tente d’identifier les idées inadaptées du patient en matière de pensée.

Pour ce faire, elle se concentre sur les processus de pensée dans lesquels le patient s’engage lorsqu’il ressent des réactions émotionnelles intenses, comme l’anxiété ou la honte.

Par exemple, les personnes atteintes du TAS ont tendance à ruminer excessivement les mésaventures sociales passées, poussées par la croyance sous-jacente (métacognition) que cela les aidera à éviter des situations sociales similaires à l’avenir.

Jetons un coup d’œil aux métacognitions les plus courantes des personnes souffrant d’anxiété sociale.

“Je peux me préparer aux pires issues en les jouant dans mon esprit de façon répétée.”Anxiété anticipée

“Analyser en détail mes performances dans des situations sociales passées et ressasser les situations embarrassantes améliorera mes performances futures.”Rumination

“Être attentif à mon excitation physique et aux menaces extérieures dans les situations sociales m’aidera à les contrôler.”Conscience accrue de soi et focalisation sur la menace

“Il est possible et bénéfique d’éviter certaines pensées.”Suppression des pensées

Attempts to suppress unpleasant thoughts usually backfire.

Si tu souffres de phobie sociale, tu t’identifies probablement à une ou plusieurs des convictions ci-dessus.

Selon la thérapie métacognitive, ces métacognitions défectueuses causent et entretiennent ton anxiété sociale, car elles conduisent à ce qu’on appelle le syndrome cognitif attentionnel.

Au fait, si tu veux en savoir plus sur la TCC traditionnelle (et assez efficace) pour l’anxiété sociale, tu devrais cliquer ici pour aller voir notre article sur ce sujet. Il t’aidera à avoir une compréhension complète de cette approche thérapeutique largement utilisée.

Syndrome cognitif attentionnel et anxiété sociale

Les styles de pensée maladaptés, comme le fait de se livrer à une rumination excessive ou d’essayer de supprimer les pensées anxiogènes, ont tendance à conduire à un mode de pensée spécifique.

Wells et Mathews (1996) ont inventé le terme de syndrome attentionnel cognitif pour le désigner.

Comme le syndrome attentionnel cognitif est lié à des processus de pensée peu utiles, il est considéré comme la principale raison pour laquelle certaines personnes se retrouvent piégées dans certaines émotions (comme l’anxiété dans des situations sociales), alors que d’autres personnes peuvent passer à autre chose relativement rapidement lorsqu’elles y sont confrontées (Wells, 2009).

Par exemple, les personnes souffrant d’anxiété à l’idée de parler en public ont tendance à se laisser piéger dans leur sentiment de nervosité, car elles font très attention à leur excitation physique et essaient de la réduire consciemment.

Ces tentatives, qui sont motivées par la métacognition selon laquelle elles sont utiles et réduiront l’anxiété, sont la raison pour laquelle leur anxiété s’exacerbe au lieu de s’atténuer.

The cognitive attentional syndrome is the reason why some individuals get trapped into certain emotions such as anxiety. It is a common phenomenon in people with social anxiety disorder.

Comme les métacognitions défectueuses, inexactes et inutiles sont à la base même du syndrome cognitif attentionnel, elles sont la cible principale de la thérapie métacognitive.

Qu’est-ce que la thérapie métacognitive ?

La thérapie métacognitive (Wells, 2007) propose un changement d’orientation : Loin des pensées négatives sur soi, les autres et le monde, et vers nos croyances sur l’utilité de certains styles de pensée.

Elle suggère un examen des idées que nous avons sur nos propres pensées, comme “Il est utile de s’inquiéter de l’avenir” ou “Il est important de contrôler mes pensées”.

Changing your metacognitions can help ease anxiety and be more calm.

Wells souligne que les patients peuvent retrouver un bon niveau de contrôle sur leurs émotions s’ils apprennent à accepter les pensées intrusives et automatiques.

Il te recommande d’examiner tes métacognitions d’un œil critique et de les ajuster en conséquence si tu sens qu’elles sont inexactes et nuisibles.

Les questions suivantes peuvent t’aider à commencer cette tâche :

  • Est-ce vraiment utile de s’inquiéter excessivement de tout ce qui peut mal tourner, ou est-ce que cela arrive à un point où cela ne fait qu’augmenter ton anxiété ?
  • Est-ce que cela t’apporte vraiment quelque chose de ruminer sans fin tes faux-pas sociaux passés ?
  • Est-il judicieux de se concentrer sur ton excitation physique et les menaces sociales externes plutôt que de s’engager activement dans la situation sociale ?
  • Tes tentatives pour supprimer des pensées spécifiques fonctionnent-elles ? Et si tu les laissais surgir et que tu te concentrais à nouveau sur la situation sociale ?

Cependant, pour vraiment apporter un changement significatif et durable, nous te recommandons d’entamer un processus thérapeutique.

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